Le parc naturel de la Mer de Corail : « une coquille vide » ou une manipulation néocoloniale ?

lagon Ouvea

Lagon de Nouvelle-Calédonie

Suite à l’article paru dans Les Nouvelles calédoniennes du 23 avril 2015 sous le titre « Une coquille toujours vide ? », Action Biosphère souhaite faire part de ces précisions.
Depuis plus de 20 ans, notre association est engagée dans la défense de la nature en Nouvelle-Calédonie ; elle est donc favorable par principe à la création d’un parc naturel marin. Pourtant elle a déposé un recours au Tribunal Administratif contre l’arrêté n° 2014 – 1063/GNC du 23 avril 2014 portant création du Parc Naturel Marin de la Mer de Corail, pour les motifs suivants :

• Une appellation abusive

La Délibération n°51/CP du 20 avril 2011 portant sur la création d’aires marines protégées en Nouvelle-Calédonie stipule, en son article 3, qu’une Aire Marine Protégée est « une zone dédiée à la protection et au maintien de la diversité biologique et des processus écologiques qu’elle comporte ainsi que des ressources naturelles et/ou des valeurs culturelles qui lui sont associées ». Or le Parc naturel marin est une Aire Marine Protégée, et à ce titre, sa vocation première ne peut être que la conservation de la nature. Mais cette finalité n’apparaît pas de façon explicite dans l’arrêté de création du Parc Naturel Marin de la Mer de Corail. Sa portée a été considérablement atténuée et diluée, puisqu’il s’agit, parmi d’autres orientations, de : « protéger les écosystèmes, les habitats et les espèces, ainsi que le patrimoine culturel, en recherchant le meilleur équilibre entre conservation et développement des activités humaines… ». Cette formulation ambigüe ouvre la porte à toutes sortes d’activités y compris l’exploitation de ressources sous-marines, d’hydrocarbures… qui peuvent se révéler extrêmement destructrices pour le milieu. Elles pourraient être tolérées dans la ZEE rebaptisée pour l’occasion Zone d’Aménagement Concertée pour le Développement Durable, mais n’ont pas leur place dans une aire marine
protégée.

• Une opération de communication

Si l’objectif principal de la création du Parc naturel de la Mer de Corail n’est pas la conservation de la nature, quels en sont les motifs ? C’est d’abord l’instauration d’un label, qui crée une image. Afficher la création d’un Parc Naturel de plusieurs centaines de milliers de km2 permet de donner du pays, une image vertueuse. On en a bien besoin, avec le rejet de 36 tonnes de CO2 par habitant. Dans les futures négociations sur le climat, le Parc Naturel marin peut peser lourd et peut même permettre à la Nouvelle Calédonie de se présenter en leader des pays insulaires du Pacifique en croisade contre le réchauffement climatique. Investir dans le développement durable, c’est somme toute une opération qui ne coûte pas cher et qui peut rapporter gros. Elle permet, tout en ne procédant qu’à des changements cosmétiques, de poursuivre un développement industriel débridé, lié exclusivement à l’exploitation du nickel. Et surtout de ne rien changer…

• Des procédures réglementaires non respectées

Nous avons eu l’occasion à plusieurs reprises, de rencontrer le membre du Gouvernement en charge de ce dossier pour lui faire part de nos griefs et lui présenter des propositions garantissant au mieux la finalité du Parc, à savoir: la préservation du milieu et un renforcement des bases juridiques. Nous demandons notamment, dans le cadre d’un arrêté modificatif, la prise en compte des points suivants :
1. Affirmer de façon explicite que la principale finalité du Parc Naturel est bien la conservation de la nature
2. Respecter dans les statuts et la gestion du Parc, les principes constitutionnels de protection de l’environnement, notamment le principe de précaution, l’étude d’impact, la participation du public.
3. La transparence des règles de gestion du parc, qui comprend la nomination des membres du comité de gestion, et donner à l’avis du Comité de gestion un caractère plus contraignant.
Nous ne pouvons cautionner un projet qui vise, sous l’appellation de « Parc Naturel Marin », la promotion et le développement d’activités connues pour leurs impacts désastreux sur l’environnement. Nous restons toutefois disposés, dans la mesure de nos moyens, à apporter notre contribution à la construction d’un Pays respectueux de la nature et des hommes.

Le 30 avril 2015,
ACTION BIOSPHERE