Communiqué de presse concernant l’abattage des requins tigres et bouledogues.

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 Requin gris femelle (alis/Ird)

Requin gris femelle (alis/Ird)

Suite au décès d’un pratiquant de wingfoil retrouvé sans vie près de l’ile aux Canards le 22 février 2026, apparemment lié à une attaque de requin tigre, faut-il abattre les requins tigres et bouledogues pour la sécurité des Nouméens pratiquant des activités nautiques dans le lagon ? 
Il est connu que :

•    Le requin tigre et le requin bouledogue sont des prédateurs opportunistes qui se nourrissent de poissons, de crabes et occasionnellement d’autres proies de grande taille, mais aussi des rejets de la ville et des déchets organiques charriés par les eaux pluviales.  
•    Les foils émettent des vibrations qui pourraient être des stimuli attirant les requins.
•    La dernière heure du jour est propice à l’activité de ces prédateurs, pour différentes raisons dont une plus grande discrétion lors de l’attaque.
•    La saison chaude est une période de gestation pour le requin tigre, pendant laquelle les femelles pleines se rapprochent de la côte.

Depuis des décennies, nous déplorons une mauvaise gestion de l’environnement calédonien et du risque requin. Au quai de pêche de Nouville, les autorités ont laissé faire le nourrissage de requins par les carcasses de thons et de marlins. Puis un jour, alors que les requins étaient devenus nombreux dans la Grande Rade, on a brutalement arrêté de les nourrir… Toutefois, les bateaux de pêche continuent de nettoyer leurs cales, et toute l’eau gorgée de sang bien gras est rejetée dans la Grande Rade. Les Nouméens paient peut-être les conséquences de cette gestion pitoyable. 

En outre, le discours des autorités sur le risque requin se base sur des hypothèses non vérifiées. Par exemple, la province Sud affirme que le nombre d’attaques mortelles aurait doublé en vingt ans : cette hypothèse ne résiste pas à une analyse statistique sérieuse. Quand bien même on finirait par prouver que le nombre d’attaques mortelles ait bien augmenté, celui-ci pourrait simplement refléter l’augmentation de la fréquentation du lagon qui, elle, est bien documentée.

On lit aussi que les requins auraient « proliféré ». Il n’existe, à notre connaissance, aucune étude sur les abondances de requins dangereux dans le lagon, qui pourrait éventuellement donner crédit à cette hypothèse. Qu’attendent les autorités pour lancer de telles études ? L’absence de données scientifiques sérieuses est une des raisons pour lesquelles les tribunaux ont déclaré illégales les campagnes d’abattage. Si les requins du lagon sont protégés, c’est entre autres du fait qu’on reconnaît à la fois leur rôle essentiel dans le fonctionnement des écosystèmes marins et leur vulnérabilité à la pêche. Les deux espèces ciblées, le requin tigre et le requin bouledogue, sont toutes deux en déclin. Selon l’IUCN, l’une est désormais classée menacée d’extinction, l’autre quasi-menacée. En outre, la sélectivité des captures est tout sauf garantie, au point que les prises dites « accessoires » sont plus nombreuses que les espèces ciblées. Parmi ces captures accessoires, il y a plusieurs espèces classées en danger d’extinction. En l’absence de données scientifiques sérieuses, il convient de s’abstenir de jouer aux apprentis sorciers.

La « prévention » peut se faire autrement : en investissant dans le traitement des eaux usées et dans la gestion des eaux de ruissellement à Nouméa ; en réprimant les rejets de carcasses et de nourriture à la côte ; en évitant la pollution lumineuse des baies de Nouméa et le nourrissage des poissons ; en étudiant les rythmes d’activité des requins et en exerçant une meilleure surveillance du plan d’eau ; en s’abstenant de fréquenter le lagon dans les périodes où le risque d’attaque est élevé. 

Parce que la récente décision d'abattage des requins tigres et bouledogues par les autorités de la Province Sud et de la ville de Nouméa ne repose sur aucune étude scientifique sérieuse, qu'elle porte gravement atteinte à des espèces  reconnues vulnérables et menacées, parce qu'elle a été prise au mépris d'une décision de justice condamnant cette pratique, AB partage avec de nombreux habitants de ce pays, Kanak et océaniens, l'idée que  les requins sont chez eux dans la mer et qu'il est insensé de vouloir s'en débarrasser en les massacrant.

 Action Biosphère, le 27 02 2026