Oro, un site exceptionnel aujourd’hui menacé

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ile des Pins vue du Pic N'Ga

Dans un article paru dans les Nouvelles du 02/09/94, nous avons appris qu’Oro, à l’Ile des Pins, doit accueillir très prochainement une cinquantaine de bungalows de luxe. Il se trouve qu’Oro est une réserve naturelle intégrale aujourd’hui déclassée. Nous avons donc décidé d’exprimer notre opposition à ce projet auprès d’une trentaine de personnalités et d’organismes auxquels nous avons envoyé la lettre ci-dessous :


Jusqu’à présent, l’Ile des Pins en Nouvelle-Calédonie, avait la réputation d’être l’île la plus proche du Paradis, de l’avis unanime de ceux qui l’ont visitée. L’esthétique de ses paysages excitait bien des convoitises et de nombreux projets touristiques tentèrent de s’y épanouir. Mais la sagesse des Kuniés, désireux de préserver ce patrimoine exceptionnel les avait repoussés ou tolérés, comme celui de Kanuméra dans la Baie de Kuto avant qu’il ne soit brûlé.
Or par le journal local, nous avons appris que quelques dirigeants de la Province Sud à Nouméa, ont réussi à faire signer le 1er septembre 1994 aux chefs de clans propriétaires terriens du site, un contrat pour la construction de 50 bungalows de grand luxe sur le site d’Oro. En qualité d’Association de défense de la nature, nous ne pouvons qu’exprimer notre désaccord avec ce projet, pour les raisons suivantes :

Oro, une réserve naturelle intégrale, aujourd’hui déclassée.


Malgré l’ouverture récente d’une piste, le site d’Oro laisse aujourd’hui encore une impression presque magique à quiconque est sensible à l’esthétique des paysages. C’est probablement cette impression, plus qu’inventaire détaillé de la faune ou de la flore qui fut à l’origine du classement du site d’Oro en Réserve naturelle intégrale, par Arrêté n° 931 du 7 juillet 1950. Par le même Arrêté, l’Ile des Pins avait été classée Parc National, décision d’avant-garde pour l’époque, puisque le Parc de la Vanoise, premier Parc National français, ne fut classé que le 6 juillet 1963. Outre l’aspect esthétique exceptionnel des paysages, Oro est également un site culturel important puisque « Les pas perdus » est un lieu d’anciennes sépultures.
Malheureusement, les autorités politiques ont décidé par la Délibération 108 du 9 mai 1980 de déclasser le site en abrogeant les articles 3 et 4 de l’Arrêté de 1950. Oro a de ce fait perdu son statut de Réserve Naturelle Intégrale.
Peut-on imaginer un projet identique dans le Parc du Château de Versailles ou dans la Baie du Mont Saint Michel ? Quelle serait la réaction des californiens, si on s’avisait de construire cinquante bungalows autour du séquoia géant « New Tree » ou si on faisait de même dans le Parc national du Fjordland ?
Si la décision de déclassement n’a pas provoqué de réactions en 1980, c’est probablement parce qu’on s’est bien gardé d’en faire état publiquement. Elle n’en demeure pas moins grave au regard des conséquences qu’elle risque d’entraîner.

Quel avenir pour ce site exceptionnel désormais sans protection ?


L’Ile des Pins a la chance de posséder de nombreux sites à vocation touristique qui peuvent être aménagés sans risques majeurs pour l’environnement. D’autres par contre, parce qu’ils sont d’une exceptionnelle beauté et d’une extrême fragilité écologique, doivent être rigoureusement préservés. Oro est de ceux-là.
De plus, dans l’hypothèse où le projet touristique verrait le jour, il ne ferait même pas l’objet d’une étude d’impact préalable, la loi de 1976 sur la protection de l’environnement n’étant pas applicable en Nouvelle-Calédonie. Comment peut-on en 1994, dans un Territoire sous tutelle de la France, faire aussi peu de cas pour l’environnement, et passer outre des procédures telles que l’étude d’impact, que même des pays en voie de développement appliquent déjà ?
Favorables à un développement économique à long terme, nous sommes pour l’essor de formes de tourisme intégrées au milieu et respectueuses de l’environnement. Tel qu’il se présente, nous ne pouvons qu’exprimer aujourd’hui notre opposition à ce projet.