L’usine du sud, un complexe industriel à hauts risques

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VALE-NC

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Suite à la rupture du barrage de Brumadhino le 25 janvier 2019 qui a fait, selon un bilan en début mars 186 morts et 122 disparus,  le Comité Rheebu Nuu a organisé une marche le lundi 4 mars devant l’usine de Valé à Goro. Cette manifestation avait principalement pour finalités d’exprimer notre solidarité avec les peuples Krenak et Pataxo-Ha- Ha- Hae, ainsi qu’aux  populations victimes des catastrophes minières de Valé au Brésil. Elle avait aussi pour objectif de rappeler que la nouvelle Calédonie n’est pas à l’abri de telles catastrophes, et de faire le point sur les risques que fait courir l’usine du sud à l’environnement et aux populations de la région.

Action Biosphère a décidé de répondre favorablement  à l’appel du Comité Rheebu Nuu par la présence sur le terrain d’une délégation de 5 personnes. La marche a rassemblé une cinquantaine  de personnes,  du Comité Rheebu Nuu, de l’Ustke, d’Action Biosphère, de l’Adeva, des coutumiers de Yaté et de Borendy. Après un  temps de prise de parole et d’échanges devant le portail d’entrée, une délégation a été invitée à pénétrer dans l’usine pour un moment d’entretien avec des responsables de l’usine, dont Antonin Beurrier, le directeur de Valé NC. L’entretien a essentiellement porté sur les dispositions de sécurité du barrage de la Kwé Ouest, les risques liés au creusement des fosses minières, en particulier l’assèchement possible de la Plaine des Lacs, les variations du niveau d’eau et l’éventualité d’un assèchement de la doline dite du Trou du Tahitien, le respect des engagements pris dans le cadre du Pacte de développement durable, les plans de conservation des espèces endémiques menacées et les projets de reboisement, le projet Lucy.

En ce qui concerne le projet Lucy, Raphaël Mapou regrette que les moyens ont manqué pour procéder à une contre -expertise qui méritait toutefois d’être menée, au même titre que celles qui ont été faites sur le tuyau et les rejets de l’usine en mer. Le projet Lucy consiste en effet à assécher les boues issues du processus en blocs compacts qui seraient empilés et qui formeraient à terme une colline, en remplacement du stockage actuel des boues dans un bassin de décantation retenues par un barrage comparable à ceux  que Valé a construit au Brésil. La mise en œuvre du projet Lucy conduirait de ce fait à terme au déclassement du barrage actuel.
L’intervention d’André Fabre, ancien géologue et responsable de l’association Adeva au sujet du barrage et du projet Lucy a suscité une attention particulière. Il a rappelé que la rupture d’un barrage se fait le plus souvent à la base du barrage, rarement dans le haut. Il a souligné une propriété physique particulière de la latérite qui est de ne pas pouvoir complètement en extraire la totalité de l’humidité. De ce fait la latérite, quel que soit son traitement conserve une certaine viscosité qui s’amplifie avec l’accumulation de matériaux ou de blocs. La pression exercée par l’empilement de couches successives   entraîne une instabilité du sol pouvant conduire à une rupture de barrage.  En termes savants, on appelle ce phénomène la thixotropie, qu’évoque Norbert Morgenstern, un expert canadien dans son rapport sur la rupture du barrage de Valé à Samarco au Brésil, en 2015, qui avait déjà fait 19 morts à l’époque.

Le directeur de Valé NC a vivement déploré les catastrophes qui ont touché le Brésil récemment et clairement exprimé son horreur face aux conséquences désastreuses des ruptures de barrages de Valé, en particulier le nombre de morts et de disparus et a affirmé que tout doit être mis en œuvre pour qu’une telle catastrophe ne se reproduise plus. Pour lui, il ne faut pas se raconter d’histoire, le complexe industriel de Goro est un complexe à haut risques, qui comprend essentiellement deux pôles  particulièrement sensibles : le barrage et l’usine. Le niveau de risque de l’usine est comparable à celui d’un complexe pétrochimique ou d’une centrale nucléaire.
Vivement intéressé par l’intervention de M. Fabre, M. Beurrier a proposé de prendre en charge financièrement l’intervention d’un expert de niveau international sur la question du barrage et du projet Lucy qu’on serait disposé à lui proposer. Il a reconnu que l’usine, telle qu’elle fonctionne aujourd’hui comporte des défaillances et il s’est engagé à revoir tous les points  qui présentent des risques pour la population et l’environnement et à les mettre en conformité avec les normes avant la fin de l’année.

Il a été convenu de faire prochainement le point sur les engagements relatifs au Pacte de développement durable, restés en suspens. Dans le cadre d’une réunion du CICS, la  proposition est faite  de revenir en détail sur le projet Lucy et les dispositions prises en matière de sécurité pour le barrage de la Kwé Ouest.
Action Biosphère le 8 mars 2019