Les feux de forêts, un crime contre l’humanite.

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feux de forets

Depuis quelques mois des incendies meurtriers ravagent des milliers d’hectares en Sibérie, en Amazone, aux Canaries et aux quatre coins de la planète,  avec les conséquences écologiques  désastreuses que l’on connait : déforestation, destruction du couvert végétal, effondrement de la biodiversité, assèchement des sols, diminution des ressources en eau,  érosion, engravement des rivières, pollution de l’air et du lagon  etc. La Nouvelle-Calédonie n’échappe pas à ce fléau.

Les 3 et 4 juillet 2019 s’est déroulé à Koné (Province Nord, Nouvelle Calédonie), un forum sur la lutte contre les incendies à l’initiative de l’œil. Il a rassemblé une cinquantaine de personnes, des pompiers, des fonctionnaires, des représentants d’associations dont Action Biosphère. Cette réunion fait suite à un premier forum des feux en  2017. Il a été fait état pour cette année-là de 24 145 hectares brûlés en Nouvelle Calédonie, dont 17 700 hectares de formations herbacées, 44% sur terres coutumières. Avec 4395 hectares brûlés, Ouégoa semble détenir la palme de la commune la plus touchée.

On peut retenir les éléments suivants : sans surprise, 99 % des feux sont d’origine humaine.  Selon Endémia, les feux sont la principale cause de déforestation. La forêt sèche ne représente plus que 0,3% du territoire et la forêt humide 35%. Vincent Mary de la DENV parle d’effondrement du vivant et insiste sur la prévention des feux et l’éducation des populations. La répression, les sanctions sont du domaine juridique des communes.

Gildas Gâteblé de l’IAC, spécialiste de la flore ornementale, fait remarquer que  les îles Belep sont le hot spot de la biodiversité de NC, mais que 20% de l’île Art a brûlé récemment. A noter également que .la SLN en possède une part importante en concessions minières. Dès les années 70 on a observé nombre de biquettes sur les ilots Daos, et du bétail sauvage sur l’ile.

Même des zones sensibles comme les zones tampon des biens  classés à l’Unesco n’échappent pas aux incendies, puisqu’en 2017,  8615 hectares de ces zones ont brûlé,  ce qui entraine potentiellement  l’envasement des herbiers et la mort par étouffement des récifs coralliens.

La SAFF ou saison administrative des feux de forêts s’étend du 15 septembre au 15 décembre, période des alizés, mais le climat change d’une année à l’autre. Morgan Mangeas de l’IRD, président d’un conseil scientifique, nous fait une analyse du réchauffement climatique en NC. C’est un travail commun avec Menkès de l’IRD et Météo France. Selon leurs prédictions en 2100 nous aurons 3°C en plus que maintenant. Toute la côte ouest partira en fumées, mais pas la côte Est. Nous serions donc très inspirés de reboiser la côte Ouest sans attendre. Nous avons la chance en Nouvelle Calédonie de bénéficier d’un climat dont la température est régulée par l’immensité de l’Océan Pacifique.

Les incendies de forêts ne sont pas seulement une catastrophe écologique. Ils ont également  un coût, comme le rappelle M. Backès, directeur de la Sécurité Civile : « Le feu de Bangou à Tontouta  a coûté à la Nouvelle-Calédonie  90 millions cfp. Le pays dépense tous les ans 222 millions pour lutter contre les feux. L’intervention des hélicoptères bombardiers d’eau s’élève à elle seule à 150 millions...On veut tester de petits avions avec 3 t d’eau. Ce sera 120 millions en plus soit 270 millions cfp ».

On ne peut que saluer  les moyens mis en œuvre par le pays depuis une dizaine d’années pour lutter contre les feux. Reste à savoir, si ces moyens sont à la hauteur des enjeux, surtout si on les compare avec les moyens consacrés à la promotion des pratiques sportives.  A l’image des efforts déployés pour encourager le sport, nous considérons qu’en matière d’éducation à la citoyenneté,   on pourrait motiver les jeunes à s’engager, à se mobiliser dans la préservation des ressources naturelles du pays  et plus particulièrement dans la lutte contre les feux.

Après avoir souligné  la nécessité d’une sensibilisation et évoqué le problème des moyens, a été abordé le volet des sanctions et de la répression.  Le vice procureur de la province Nord, 35 ans de service a fait part des limites de son action, avec des amendes de 1ère catégorie à 38 euros pour des insolvables, et qu’il n’y avait que 2 poursuites par mois pour des feux d’écobuage mal contrôlés, un volet qu’il conviendrait donc de revoir pour rendre les sanctions plus contraignantes  et dissuasives.

Dans  les années 1990 déjà, peu après sa création, Action Biosphère s’était  attaquée au fléau  des feux de brousse en Nouvelle Calédonie. D’après les rapports de gendarmerie on évaluait selon les années à entre 20 000 et 100 000 les hectares brûlés. L’année 1995 a été particulièrement dévastatrice.

A l’époque en dehors de la caserne de pompiers de  Nouméa, il n’existait aucun centre de secours en Nouvelle-Calédonie et notre principale revendication avait été, à l’échelle du Pays, l’adoption à tous les niveaux de responsabilité, de l’Etat aux citoyens en passant par les communes et les autorités coutumières, d’une politique cohérente de lutte contre les feux de brousse.

En  nous appuyant sur le rapport du colonel Trohel de la sécurité civile, notre association avait élaboré à l’époque une stratégie que nous avions appelée « Opération Ecran Vert », en annexe. Notre engagement n’était pas que théorique, puisque nous allions sur le terrain avec des moyens dérisoires, pour lutter contre les feux. C’est dans une de ces actions que nous avons perdu  Myriam Camuset, une bénévole dont le centre de secours de Thio porte le nom.

Compte tenu de l’absence quasi générale de centres de secours, une autre de nos revendications était la mise en œuvre de moyens de lutte sur le territoire et donc la dotation des communes de moyens d’intervention en cas d’alerte.

La situation de ce point de vue a largement évolué, puisque la plupart des communes disposent d’un centre de  secours et de pompiers, et que les provinces se sont dotées d’hélicoptères bombardier d’eau. Le constat reste toutefois mitigé car les surfaces impactées tous les ans restent anormalement élevées. Les moyens seuls ne suffisent donc pas à juguler le désastre. Il nous appartient  aujourd’hui de réfléchir sur ce bilan en demi-teinte, d’identifier les raisons profondes de ce bilan et de trouver les moyens d’y mettre un terme. Une lutte efficace contre les feux passe par la prise de conscience de chacun et la conviction que les feux détruisent le pays, ce qui ne semble pas être acquis aujourd’hui.

Par ailleurs, nous n’avions pas épuisé toutes les propositions d’« Opération écran vert », notamment la mise en place dans les tribus de « vigiles » du feu susceptibles d’intervenir en cas d’alerte, et le 4ème volet portant sur la réhabilitation des sites dégradés, prioritairement les périmètres de protection des eaux ou d’autres zones sensibles, par ceux-là même qui mettent le feu,  en guise de sanction réparatrice sous la forme de travaux d’intérêt général.

En annexe télécharger « Opération Ecran vert »