Le Geste fort

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piscine naturelle

Dans les années 1990, dans la perspective de la décolonisation du Pays, le FLNKS avait demandé à l’Etat français de faire un « geste fort ». Action Biosphère avait été sollicité pour apporter sa contribution dans le domaine de l’environnement. Voici le document que nous avions communiqué :

Le « geste fort » en matière de préservation des ressources naturelles

La Nouvelle-Calédonie a la chance de bénéficier de ressources naturelles abondantes, d’hériter d’une biodiversité exceptionnelle ce qui confère à ce Territoire une qualité de la vie enviable. Il est évident que les activités humaines ont eu sur l’environnement naturel un impact dès l’arrivée des premiers occupants, il y 3000 ans. Cependant, on peut supposer que l’arrivée des européens, il y a 150 ans et le développement du mode de vie occidental, n’ont fait qu’amplifier ce phénomène.
Par sa formation très ancienne et son relatif isolement, le milieu naturel calédonien est particulièrement original, avec 3200 espèces végétales recensées dont 80% sont endémiques. Mais il est également très vulnérable. Malgré une densité de population relativement faible, il a subi des dégradations importantes, en particulier les dernières décennies, d’autant plus que la Nouvelle-Calédonie est restée en marge de l’évolution juridique qu’ont connu la plupart des pays européens en matière de protection de l’environnement : la loi cadre de 1976, sur la protection de l’environnement en France métropolitaine n’a pas été étendue à la Nouvelle-Calédonie
Norman Myers a classé la Nouvelle-Calédonie parmi les 4 premiers pays au monde pour sa biodiversité, mais également parmi les 12 pays où celle-ci se trouve la plus menacée. Les principales atteintes à l’environnement sont des conséquences directes de l’exploitation forestière, de l’exploitation minière, des feux de brousse, de l’élevage extensif, de l’introduction d’espèces exogène, des rejets dans l’air, l’eau ou la mer de substances polluantes, d’une pression anthropique incontrôlée sur des milieux fragiles.
Le geste fort que la Nouvelle-Calédonie est en droit d’attendre de la France, en matière d’environnement, peut se résumer en l’application stricte des engagements pris par la France par la signature de la Convention de Rio. Il pourrait se manifester essentiellement dans les domaines suivants :

  • -    La conservation des sites et des espèces
  • -    Une politique rationnelle de la forêt
  • -    L’organisation de la lutte contre les feux de brousse
  • -    Des modalités d’exploitation minière respectueuses de l’environnement
  • -    Une gestion rationnelle des déchets
  • -    Des technologies pour un développement durable
  • -    Un Observatoire de l’Environnement

1.    La conservation des sites et des espèces menacés

Si on considère la richesse du patrimoine biologique de la Nouvelle-Calédonie et les dégradations qui la menacent (en 1992, sur l’îlot Leprédour, le Pittosporum tanianum, une espèce endémique dont il ne subsistait que deux individus*, s’est éteinte sous nos yeux), la priorité en matière d’environnement est la conservation des espèces. ( *NB : Il semble que depuis, d’autres individus ont été identifiés et l’espèce n’est donc pas éteinte)
Un grand nombre d’espèces endémiques classées par l’ORSTOM « vulnérable » ou « menacées » se trouvent en nombre très limité (parfois un seul individu) et dans des zones très localisées en dehors des réserves naturelles et donc sans protection légale.
Pour préserver ce patrimoine, une étude doit être faite, permettant d’identifier et de localiser les espèces endémiques en danger, afin de ques mesures puissent être prises en vue de leur protection.
A la demande du Congrès ou des Provinces, cet inventaire des « Zones Naturelles d’Intérêt Ecologique de Faune et de Flore » pourraient être financé par le Ministère de l’Environnement et réalisé par des scientifiques de différentes disciplines sous l’égide de l’ORSTOM ou du Muséum d’Histoire Naturelle.
Si on attache une certaine importance à la conservation du patrimoine naturel calédonien, cette étude est de première importance puisqu’elle pourrait servir de référence à tout projet d’aménagement de l’espace (exploitation minière, infrastructure touristique, mise en valeur agricole ou aquacole…)
Certains sites, du fait qu’ils renferment des espèces extrêmement rares ( La Chute de la Madeleine) ou du fait de l’esthétique des paysages ou de la fragilité de leur équilibre naturel ( la Baie d’Oro) méritent d’être considéré comme des sanctuaires au même titre qu’il existe des lieux culturels « tabou ». L’accès, s’il doit y être autorisé, doit s’y faire dans le respect d’une certaine éthique.

Le geste fort : le financement d’un inventaire ZNIEFF et de mesures urgentes de conservation des espèces

2.    Une politique de la forêt

Les forêts de Nouvelle-Calédonie ont fait l’objet d’une exploitation importante pendant la première moitié du siècle. Il ne reste plus aujourd’hui qu’environ 20 % de la surface initiale de la forêt tropicale humide, essentiellement sur des massifs escarpés et difficiles d’accès.
La forêt primaire est un milieu qui ne se régénère pas. On peut considérer que les essences qui y sont exploitées ne se renouvellent pas. Compte tenu de la richesse biologique de ce milieu avoisinant un taux d’endémicité de 90 %, de la complexité des interactions entre les espèces et du rôle que ces forêts jouent en matière d’approvisionnement en eau et de protection des sols, nous considérons qu’il faut mettre un terme à l’exploitation et à la destruction des forêts primaires du territoire :

  • -    La forêt humide doit être totalement protégée. Elle peut éventuellement être valorisée par le développement de projets de tourisme vert dans certains endroits
  • -    La forêt sclérophylle dont il ne reste que 2 % de la surface initiale doit faire l’objet de mesures de protection draconiennes, notamment au moment de l’attribution de terre pour l’élevage ou la mise en culture
  • -    La mangrove, compte tenu de son rôle écologique doit faire l’objet d’une attention particulière, notamment en cas de projet d’aménagement ou d’urbanisation

Afin de développer la filière bois, une politique ambitieuse de reboisement en essences appropriées doit être envisagée. Elle aurait l’avantage de créer des emplois, de générer une richesse exploitable à moyen et long terme, de pouvoir bénéficier éventuellement de financements sur fonds européens. Elle suppose toutefois préalablement :

  • -    Un inventaire des zones susceptibles d’être reboisées
  • -    Une étude des sols et des espèces qui pourraient y être implantées
  • -    Une sensibilisation de la population et des conventions avec les propriétés fonciers
  • -    Une organisation efficace de la lutte contre les feux.

Le geste fort : la sauvegarde des forêts primaires, humides sèches et mangrove et  l’ouverture de vastes chantiers de reboisement en essences appropriées

3.    La lutte contre les feux

Chaque année, des milliers d’hectares de végétation sont détruits par les feux. Même si des efforts ont été faits ces dernières années, en matière de lutte contre les feux, le problème conserve toute son actualité.
Par les conséquences des feux de brousse sur l’environnement (érosion, tarissement des sources…) et l’étendue des dégâts, la lutte contre les feux doit être un objectif prioritaire. Il n’y a pas de développement durable en l’absence d’une véritable politique de lutte contre les feux à l’échelle du Territoire.
La lutte contre les feux implique une dotation de toutes les communes en équipement approprié, des hommes formés et une organisation (un maillage) serré, au niveau communal, mais aussi intercommunal, provincial et territorial.

Le geste fort : Le financement par l’état de moyens de lutte contre les feux dans les communes, de la formation des hommes et l’aide technique pour une coordination des moyens à l’échelle du Territoire, en cas de besoin, la mise à disposition de moyens lourds de l’armée et de militaires

4.    Des modalités d’exploitation minière respectueuses de l’environnement


Depuis plus de 100 ans, l’exploitation du nickel est la principale activité économique de Territoire. Elle a certainement généré des ressources importantes, mais elle a laissé et laisse encore des effets sur l’environnement qui ne sont pas près de s’effacer : destruction du couvert végétal, décapage des montagnes, érosion, ravinement, comblement des rivières, pollution des creeks et du lagon, tarissement des sources…
Pour tenter de réparer certaines de ces conséquences, une étude doit être entreprise sur l’exploitation du nickel en Nouvelle-Calédonie, depuis son origine. Il s’agira d’un état des lieux, mettant en évidence, commune par commune, un inventaire des sites d’exploitation ayant cessé leur activité et des sites en activité.
En ce qui concerne les anciens sites, et les mines en activité, il s’agira d’évaluer les surfaces touchées par la prospection, l’extraction, l’ouverture de routes d’accès, pour calculer le coût de leur réhabilitation. (On connaît en effet le coût de la revégétalisation d’un hectare de terrain minier). Dans certains cas il faudra peut-être envisager la construction d’ouvrages antipollution pour réduire la pollution des creeks et le dragage des rivières.
En ce qui concerne les mines en projet, une étude d’impact préalable avec enquête publique est indispensable. Elle est la seule garante de l’évolution de la mine. De plus, le coût de la revégétalisation et des mesures antipollution doit être intégré dans le coût d’extraction et inscrit dans le cahier de charge de l’exploitation.
Les normes d’installation d’une usine métallurgique en matière de pollution et de sécurité doivent être identiques à celles en vigueur pour ce type d’installation classée en France métropolitaine.
Les mesures de contrôle de la pollution atmosphérique doivent être effectuées par un organisme indépendant et rendues publiques.

Le geste fort : Pour les anciennes mines, la prise en charge de la revégétalisation et éventuellement d’ouvrage antipollution. L’application d’une réglementation conforme aux exigences de notre temps, impliquant une étude d’impact préalable avec enquête publique et un cahier de charge stipulant l’obligation d’une revégétalisation des sites après exploitation.

5.    Une gestion rationnelle des déchets

Il est temps que notre Territoire rattrape son retard en matière de gestion des déchets. La préservation et la valorisation de nos espaces naturels nous oblige à éliminer les décharges sauvages ou autorisées qui dénaturent nos paysages et qui sont souvent la cause de feux de brousse et dans le lagon, d’effets désastreux sur la biodiversité. Le développement du tourisme nous impose de donner une bonne image de notre style de vie.
La valorisation de certains déchets par le recyclage (déchets organiques pour la fabrication de compost, le verre, le plastique, les métaux, le papier, les cartons etc…) est créateur d’emplois et représente à terme un gain important pour la collectivité ;La récupération et le traitement des produits toxiques ou polluants (huile, métaux lourds, solvants, gaz, etc…) est une obligation qui découle des réglementations internationales.

Le geste fort : Etude de faisabilité d’unités de tri, conditionnement, traitement, recyclage des déchets par commune ou par regroupement de communes.

6.    Des technologies pour un développement durable

Dans bon nombre de domaines, par exemple l’approvisionnement en bois ou en sable de construction, on s’est contenté jusque- là « d’exploiter des gisements » existants, sans se préoccuper de savoir combien de temps ces gisements pourraient être exploités et si ces ressources sont renouvelables. Il s’agit aujourd’hui de mettre en place des technologies qui permettent une exploitation durable sans porter préjudice au milieu naturel.
Régulièrement l’approvisionnement en sable de construction soulève des problèmes, car on continue de tirer sur les ressources en sable de mer, avec les nuisances à l’environnement inhérentes à ce type d’exploitation. L’alternative pour l’approvisionnement en sable de construction pourrait être la production de sable par concassage de stériles provenant de décharges minières ou engorgeant le lit des rivières. Un inventaire des ressources disponibles en sable de construction, comportant une étude comparée des caractéristiques techniques de chaque variété de sable serait de nature à conforter l’hypothèse de production de sable par concassage. Compte tenu de cette étude, un agrément pourra être attribué pour la commercialisation de sable de construction. La production de sable de concassage n’est qu’une illustration des alternatives possibles, dans le domaine de la construction. De telles alternatives existent aussi dans d’autres domaines : l’énergie….

Le geste fort : le financement d’une étude comparative des ressources disponibles en sable de construction et l’adoption d’une législation avec attribution d’un agrément, qui viserait à réduire l’exploitation du sable de mer pour la fabrication de béton…Dans le domaine de l’énergie, établir un inventaire des « gisements » disponibles en matière de réduction de la consommation d’énergie et la réalisation d’unités de production électrique de type solaire ou éolien partout où cela peut s’avérer rentable à long terme.

7.    Un Observatoire de l’environnement

L’environnement ne se limite pas à la gestion des parcs et réserves, mais recouvre en réalité des domaines aussi variés que l’approvisionnement en sable, les ressources énergétiques, le reboisement, l’assainissement, la protection des ressources de la mer, les mesures de prévention de la pollution atmosphérique, la santé publique, l’alimentation, la gestion des déchets, les loisirs, la préservation des sites, la conservation des espèces etc…
La gestion de l’environnement nécessite une approche globale sur l’ensemble du Territoire et une cohérence dans les mesures qui peuvent se traduire toutefois par des spécificités locales.
Compte tenu de la situation sur le Territoire en matière de protection de l’environnement, nous proposons la création d’un Office Interprovincial de l’Environnement, chargé de définir un schéma directeur de la gestion des ressources naturelles.
Il aurait pour fonction de tracer un cadre général d’action et servirait de relais pour l’application des décisions et lois internationales, comme la Convention de Washington, la Convention de Rio, la Convention sur la protection des zones humides, les lois sur la désertification, le climat etc…
Cet Office ou Observatoire ayant un pouvoir consultatif, aurait à analyser, prévoir, gérer tous les problèmes d’environnement en relation avec des intervenants scientifiques, techniques, associatifs. Une de ses fonctions serait de permettre aux partenaires sociaux de mieux coordonner leurs efforts et d’exercer au mieux leurs compétences.

Le geste fort : Assurer les moyens financiers pour la mise en place et le fonctionnement de l’Observatoire interprovincial de l’Environnement.