Observations sur le projet de captage d’eau douce dans le lac de Yaté par Goro Nickel

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lac Yaté

    Une enquête publique a été ouverte du 26 septembre au 17 octobre à la gendarmerie de Yaté, portant sur le projet de captage d’eau douce dans le Lac de Yaté par Goro Nickel à des fins industrielles dans le cadre de son procédé hydrométallurgique, pour les besoins de Prony Energie et pour l’alimentation en eau douce pour la base vie.
Le prélèvement envisagé s’effectuerait grâce à 3 pompes immergées d’une capacité de pompage de 767 m3 à l’heure chacune. Le débit sollicité s’élèverait à 150 m3 par jour en eau potable et à 2300 m3 par heure soit 55 200 m3 par jour. Un tuyau d’un diamètre de 80 cm équivalent au « gros tuyau » alimentant la ville de Nouméa, acheminerait l’eau du Lac jusqu’à l’usine, par un tracé non communiqué, mais qui pourrait bien traverser la Réserve botanique de la Madeleine.
 Action Biosphère et Corail Vivant ont pour objet la défense de l’environnement et la promotion de technologies respectueuses de la nature et de la santé, sans limitation géographique. Elles sont de ce fait fondées à exprimer leur avis dans le cadre de l’enquête publique relative au projet de captage d’eau douce dans le lac de Yaté par Goro Nickel.

1.    Une spoliation inacceptable

Le lac de Yaté est un réservoir d’eau artificiel construit pour alimenter les turbines de l’usine hydroélectrique. Cette usine produit du courant à usage industriel pour Doniambo, mais aussi à usage domestique pour des particuliers raccordés au réseau. Toute diminution de l’eau dans le lac de Yaté, comme c’est le cas en période sèche a inévitablement des répercussions sur la production d’électricité. La réduction de courant consécutive à une baisse du niveau d’eau du lac serait nécessairement compensée par un surcroît de courant produit par des centrales au fuel, au kérosène ou au charbon.
L’augmentation de courant d’origine thermique a au moins deux conséquences inacceptables :

  • l’augmentation d’énergie fossile et donc une dépendance accrue du Territoire en matière énergétique, déjà à plus de 96 % et une augmentation des gaz à effets de serre en contradiction avec les engagements de la France au protocole de Kyoto
  • pour le citoyen, une majoration inéluctable du prix du courant dont le coût suit le cours du baril de pétrole

2.    Une eau potable qui serait rejetée fortement polluée dans le milieu naturel.

 L’eau potable du lac de Yaté serait destinée à un processus industriel chimique générant des quantités considérables de déchets. Après traitement par lixiviation acide la latérite devenue boue serait stockée dans des bassins géants risquant de polluer les nappes phréatiques et d’énormes quantités d’effluents liquides chargés en substances toxiques seraient rejetés dans la Havannah. (manganèse, etc…)
On pourrait à la rigueur tolérer un captage d’eau douce dans le lac de Yaté pour irriguer des plantations dans le cadre d’une opération d’agro foresterie ou alimenter un particulier ou une collectivité en eau potable.
Par contre il n’est pas tolérable qu’ un industriel utilise une grosse quantité d’une eau propre à la consommation et la rejette fortement chargée en substances toxiques dans le milieu naturel avec des risques graves de contamination de la chaîne alimentaire, en particulier du milieu marin.
Un prélèvement inconsidéré d’eau douce dans le lac risque en plus d’avoir un impact sur l’équilibre écologique en aval du barrage en période d’étiage, pouvant avoir des conséquences sur la faune d’eau douce et saumâtre de l’embouchure

3.    La réserve de la Madeleine gravement menacée.

Entre le Lac de Yaté et le complexe industriel de Goro nickel se trouve une Réserve botanique avec des espèces endémiques extrêmement rares, dont la valeur est reconnue par la communauté scientifique internationale. La Réserve de la Madeleine représente, de ce fait, l’un des biotopes les plus remarquables de Nouvelle-Calédonie. S’il s’avérait exact que la conduite d’eau destinée à acheminer l’eau du Lac au complexe industriel devait traverser la Réserve, nous estimons que les travaux nécessaires à la pose du tuyau, ne sont pas compatibles avec le statut et la vocation de conservation de cette Réserve. Nous exprimons donc notre plus vive opposition à tout projet qui tendrait à réduire le degré de protection ou à dégrader le milieu fragile de ce site ou à détruire les espèces de faune et de flore inféodées à cette réserve.

4.    L’eau douce est une denrée rare à l’échelle de la planète qu’il nous appartient de préserver

A une époque où les hommes responsables se soucient de plus en plus des ressources en eau douce, il n’est pas acceptable qu’un industriel gaspille cette ressource à sa guise. Le projet de Koniambo prévoit une unité de dessalement de l’eau de mer. Pourquoi ce procédé ne serait-il pas utilisable à Goro ? De plus, un certain nombre d’industries dans le monde ( par exemple, le complexe métallurgique australien de Yabulu) montrent qu’il est possible de fonctionner en utilisant l’eau en circuit fermé, moyennant son recyclage par extraction des substances nuisibles au processus. Ce système induit probablement un surcoût mais il a le mérite d’éviter le gaspillage et de limiter les rejets toxiques dans la nature. En projetant de racheter Falcon Bridge, Inco a montré qu’il a aussi les moyens financiers de travailler proprement. Il appartient aux citoyens calédoniens de montrer qu’ils sont conscients de la valeur de leurs ressources naturelles et de poser les exigences qui s’imposent en matière d’environnement face à une multinationale dont le principal souci avoué est de produire au moindre coût. Compte tenu des arguments développés ci-dessus, nos associations tiennent à exprimer leur opposition ferme et résolue à ce projet.

ACTION BIOSPHÈRE - CORAIL VIVANT