Ce futur est il souhaitable?
Avis de l’association Action Biosphère pour le CESE, le 22 septembre 2026:
La route du Mont Dore est actuellement le seul axe routier qui relie Nouméa au Mont Dore et au sud de la Grande Terre. Elle est fréquentée quotidiennement par des milliers d’usagers. Principalement les 15 000 résidents de Mont Dore sud qui se rendent à leur travail à Nouméa et rentrent le soir à leur domicile. La circulation, en particulier aux heures de pointe, y est ralentie par d’interminables embouteillages, probablement imputables à une augmentation des véhicules, une situation qui génère du stress et de la pollution. En période cyclonique, à hauteur de la Coulée, elle est parfois impraticable à cause des inondations. Les dernières années, elle a été souvent bloquée par des barrages à hauteur de Saint Louis.
A une vingtaine de km de Nouméa, la tribu de Saint Louis regroupée autour de la mission autrefois appelée “le petit Vatican” a été le lieu de manifestations à connotations politiques, avec blocage de la RP1 contre l’usine du Sud ou, plus récemment, contre le dégel du corps électoral. Mais également d’incivilités, de délits et crimes, pouvant être très graves, jet de pierre, vol de véhicules, car-jacking, tirs par arme à feu. On se focalise souvent sur Saint Louis, mais il faut préciser que ces exactions inadmissibles rayonnent aussi dans ses environs de Robinson à la Coulée. Pour de nombreux usagers de la RP1, la traversée de Saint Louis est anxiogène et suscite le stress. Pour mémoire, nous rappelons qu’Action Biosphère est avant tout une association de défense de la nature mais elle milite aussi pour une qualité de vie humaine, saine et heureuse à long terme.
Depuis longtemps, le désenclavement des habitants du Mont Dore sud et la sécurité des usagers de la route du Mont Dore sont un problème récurent qui n’a pas encore abouti à une solution satisfaisante. L’association des Citoyens du Mont Dore en a fait, depuis quelques années, son cheval de bataille et milite pour la réalisation d’un viaduc. A l’occasion des dernières élections municipales, l’actuelle maire du Mont Dore en a fait un axe majeur et prioritaire de son programme ce qui a propulsé le projet de viaduc sous les feux de l’actualité.
C’est aussi un problème complexe en raison des enjeux plurifactoriels et clivants qu’il implique. La solution ne peut être simpliste. Si on ne peut qu’adhérer et soutenir la finalité du projet, désenclaver les habitants, fluidifier la circulation et sécuriser les usagers, on est en droit de se demander si la réalisation d’un viaduc constitue une réponse appropriée à la situation. Elle nécessite du recul, et doit s’intégrer dans une réflexion plus globale d’aménagement du territoire et une politique cohérente d’écomobilité. Une étude préliminaire de desserte alternative plus large que ciblée sur le viaduc a semble-t-il été réalisée par la Province sud, dont nous n’avons pas pris connaissance.
Sur l’environnement
Le choix du viaduc exige une étude approfondie, rigoureuse, impartiale et indépendante de ses impacts sur l’environnement et la société, incluant un inventaire des espèces protégées, la composition des platiers et fonds marins, les risques liés aux catastrophes naturelles, tremblement de terre ou tsunami, au changement climatique particulièrement en zone côtière avec l’élévation du niveau marin… En l’absence d’une telle étude, on ne peut qu’émettre des généralités largement partagées avec des observateurs avertis et d’autres associations environnementales. Avec plus de 4 km de long et 300 m de large, le viaduc se verra dans le paysage. Appelé à doubler la route actuelle de la Pointe Babin à Boulari jusqu’au Vallon Dore, il franchira la Baie de Morari et l’embouchure de la Coulée qui sont des zones sensibles, ce qui génèrera nécessairement des dégradations du platier, des fonds marins et de la mangrove.
Sur le plan social et humain
Si le viaduc a vocation à fluidifier la circulation, son but principal est de sécuriser les usagers sur leur trajet entre le Mont Dore et Nouméa. Toutefois, il n’est pas sûr que le viaduc offre aux usagers une garantie de sécurité absolue et les mette à l’abri de toute agression ou de caillassage imputable à des personnes mal intentionnées. S’il est imposé et vécu comme un instrument de mise à l’écart ou d’ostracisme, il peut même réactiver et attiser les tensions et faire obstacle à la recherche d’une solution consensuelle.
Compte tenu du coût du viaduc, estimé à hauteur de 60 milliards et de la situation financière actuelle de la Nouvelle Calédonie, mais aussi de la métropole, son coût est exorbitant, une somme qui pourrait être utilement utilisée dans des solutions alternatives.
Pistes et propositions de solutions alternatives
Le témoignage récent d’une résidente du Mont Dore sud, victime d’un caillassage avec ses enfants encore sous le choc est à ce sujet éclairant. A la question : Pensez-vous à déménager ? Elle répond: “Du tout. Non parce que j’aime le Mont Dore sud. Le cadre de vie est excellent. C’est magnifique. C’est un lieu apaisant…Mais ça fait peur maintenant comme beaucoup le disent, on passe sur cette portion de route, et c’est la roulette russe….Je ne suis pas pour le viaduc. Je pense que c’est contourner le problème, ce n’est pas le régler. Il faut que les autorités compétentes rencontrent les coutumiers…Je voudrais lancer un appel aux parents, à leur responsabilité, à celle des coutumiers, des autorités, de s’unir et d’essayer de trouver des solutions. Pour le bien de leurs enfants, et pour le bien de tout le monde”.
Avant d’opter définitivement l’option du viaduc, il nous parait essentiel pour sécuriser le trajet Nouméa / Mont Dore, d instaurer préalablement un dialogue largement ouvert, avec l’ensemble des personnes concernées par ce problème, à commencer les habitants du Mont Dore et de Saint Louis, prendre en compte leur avis et propositions et les associer à la recherche et la prise de décision et à la création de dispositifs alternatifs. Cette décision ne doit en aucun cas être instrumentalisée à des fins politiciennes. La solution alternative au viaduc peut être une combinaison de diverses propositions. Si on renonce au viaduc, particulièrement en raison de son coût, un agrandissement et un réaménagement de la route actuelle paraît indispensable
En 2006, au moment de la création d’EPLP, Action Biosphère avait proposé dans son “Livre Bleu et Vert” des solutions pour une écomobilité du Grand Nouméa.
Pour fluidifier la circulation, développer un réseau de tram et proposer des parkings en périphérie.
Entre Nouméa et le Mont Dore, instaurer des navettes maritimes par ferries avec parkings gardiennés au Mont Dore et transports en commun à Nouméa
On pourrait y ajouter :
La délocalisation d’ entreprises et des administrations de Nouméa vers le Mont Dore
Former des jeunes à la sécurité civile et au gardiennage d’entreprises
Développer le tourisme et faire de la Thy un parc naturel sûr et ouvert aux visiteurs
Relancer l’agriculture avec une pépinière et des opérations de reboisement
Susciter, créer et accompagner des pôles d’activité économique avec des entreprises créatrices d’emplois…
Créer une maison de la culture pour accueillir des artistes et encourager des pratiques artistiques, comme la peinture, la musique, la sculpture…
Favoriser le covoiturage, le vélo ou le télétravail
Un accès sûr et permanent dans le sud prendra du temps. Il est probable que l’argent ne suffira pas. Il dépendra plus de notre capacité et celle de nos autorités, à dialoguer, et à rechercher des solutions appropriées qui contribuent au bien être de tous.
CESE : Conseil économique social et environnemental
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